Loire, Notre-Dame du Marillais

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Elle coule.
Parmi les bleus, les gris, les verts, les blancs qui l’entourent. Plissée.
Lorsqu’enfin se taisent train et bateaux on l’entend pétiller. Fluide. Noire. Elle s’extrait du chant des grillons, des mouches bavardes, d’un frelon curieux.
Elle coule.
Insaisissable comme l’eau qui l’habite et la crée. Mais qui crée la Loire? L’eau, les graviers, les végétaux argentés, les nuages bleus?
Elle ne sinue pas, les sables la méandrent.
Elle fuit mes mots, mon papier trop petit, mon crayon trop rigide.
Quelles reines au fond des eaux tracent l’histoire vaste et secrète du pays d’en-dessous?
Entre elle et le ciel les oiseaux la surlignent et la dansent, par deux, par quatre, par cent, de traits éphémères parce que seuls les éclairs et l’impermanence peuvent tenter de l’appréhender; je ne peux pas l’écrire parce qu’elle est si sauvage que je dois creuser des sillons dans ma peau et aller jusqu’à l’indicible pour la percevoir.
Claire. Farouche. Imprenable.
Enfin un esquif, sans moteur, parce qu’il faut le silence des rames pour qu’elle se laisse côtoyer. Un radeau bordé de bidons, chargés d’adolescents nus, qui plongent. Communion païenne et essentielle, primordiale.
Je laisse en arrière le champs aux grillons et me pose sur le banc de sable, et là, la Loire s’offre enfin, ample et lumineuse, et là, mon crayon ne peut plus que se taire parce que je suis au cœur de la Terre. 

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