Lessive

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Ce matin, je me suis levée tôt. Comme chaque jour depuis que je suis ici, parce que je sais que le temps n’est qu’un souffle. Rester éveillée la dernière, tant qu’il y a encore un ami debout. Boire chaque instant … Il sera toujours temps de dormir plus tard.

Le jour se lève tout juste. Déjà des passant dans la rue, les pas traînants, les voix qui se saluent, s’apostrophent dans un entrelacs coloré de rires et de syllabes sèches. Je ne comprends plus les mots, mais j’aime entendre cette langue. Neuf ans que je n’étais pas venue dans ce pays. Je me demande comment j’ai pu tenir aussi longtemps. Je n’y ai pas encore retrouvé mes marques, mais je suis heureuse d’être là. Profondément.

  J’écoute. Sors. La cour est déjà au soleil, les oiseaux s’assoupissent de chaleur. Les alizées font chanter les arbres d’un sifflement léger, à nul autre pareil.

   L’amie dort encore, je ne veux pas la réveiller, sans bruit je cherche un seau, le remplis, lave ma robe. La blanche à fleurs des tropiques. Rouges. Le bruit de l’eau qui coule du robinet de la cour, le seau qui racle le sol, mes mains qui pressent le tissu, l’odeur de l’humidité, celle du savon. Rincer, essorer, étendre après avoir essuyé, sur le fil, la poussière.

   Sans bruit tirer une chaise, et savourer. La pergola de paille et de bois flotté, la table et les chaises bleues, sommaires, essentielles, où toutes deux nous passerons tant de temps à bavarder. Le jardin, arbres et plantes grasses, orné de quelques poteries ventrues. Le passage qui enfle dans la rue, les carrioles, sabots et grelots.

 Je marche dans la cour, sous mes pas le ciment doux, lisse et chaud, et la poussière qui me noircit la plante des pieds .

Je regarde le jardin de cette femme, à la fois jungle et jardin japonais, à son image, sauvage et sereine.




     Pour Michèle

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