Les groseilles

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A la mort du Grand-Père, on brûlera ses outils.
On lui a fait sa toilette, on l’a habillé, costume et cravate. Il aimait jardiner et ses ongles étaient souvent pleins de terre, mais pour sortir il les brossait soigneusement et s’habillait. Il s’était offert le luxe d’un costume sur mesure, qu’il portait bien, avec une chemise blanche impeccablement repassée. A chaque retour de soirée, même quand il pleuvait, il allait saluer son vieux chêne. Seule variait selon la météo la durée du récit, plus ou moins brodé d’incidents. Mais quand il était amoureux, Grand-Père, la nuit ne suffisait pas à inscrire dans les sillons de l’écorce les mots de toutes les galaxies du désir.

On a écouté les condoléances, puis on a enfoui ses cendres, avec celles de ses outils, aux racines de son arbre. Depuis les mains du vieux chêne écrivent sur les nuages les paroles de Grand-Père qui retombent en pluie, et quand je mange des groseilles, elles ont le goût de ses bonheurs.

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