Loire, Saint-Florent-le-Viel (3)

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Il fait froid. 

En bas du chemin: un accès vers l’eau, abrité du vent. 

Une vue sur le fleuve, des îlots boisés, un affût de roseaux, des leurres. 

Une barque amarrée là bavarde avec les clapots.

Je m’installe sous des arbres aux socles dénudés par les crues. Leurs branches me surplombent, chevelure somptueuse; les racines enchevêtrées sont un palais où je ne peux m’aventurer qu’en pensée. J’aimerais savoir dessiner leurs entrelacs, corps qui se mêlent, se tordent, se frôlent, se pénètrent, chorégraphie torturée dont le tout forme un dôme protecteur. Les bois lisses ou rugueux, éclatés, les nœuds, racines épaisses ou minces, de plus en plus affinées, y-a-t-il, au-delà de ce que peuvent voir mes yeux, des ramifications plus fines encore, lignes d’énergie pure? 

Dans l’eau les feuilles mortes forment un tapis glauque; plus loin au plus fort de son lit, la Loire est boueuse. 

Un chien aboie; on entend le train, parfois; des voix d’enfants sur l’autre rive, et le vent dans les frêles feuilles de saules. L’un deux, allongé vers l’eau, offre de graciles branches vers le ciel; des fées s’y dissimulent, tandis que le faune caché dans l’écorce dresse un phallus élégant, s’y laisseront-elles prendre?

Pas de bancs de sable aujourd’hui, la Loire est trop haute, déjà des arbres dans l’eau, je suis dans un îlot de bois pluriels, cernée, protégée. 

Le jour décline, sur l’eau les gris cèdent la place aux ambres, je quitte, les yeux ravis, cette opalescence striée de vols d’oies sauvages. 


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